Hyperactivité

J’ai lu sur la couverture de L’OBS (N°2623 du 12 au 18 février 2015) : Votre enfant est-il hyperactif ?
Page 64, le titre a quelque peu évolué : « Mon enfant est-il (vraiment) hyperactif ? : Diagnostic tout juste reconnu par la Haute Autorité de Santé mais encore très controversé… etc. »
J’ai lu l’article.

Je ne suis ni tweeter, ni face book, ni you tube, rien de tout ça, alors j’ai juste passé un courrier postal à L’OBS :
Mes enfants ont 66 et 68 ans, il me semble qu’ils ont ralenti. Au lieu de dépenser des sous pour enrichir les laboratoires pharmaceutiques, peut-être suffit-il d’attendre un peu.

Pleine lune

Hier c’était pleine lune.
À la voir comme ça tourner autour de la terre. Enfin quand je dis la voir tourner, figure de style. À l’imaginer tourner autour. Quand je l’imagine en train de tourner bêtement autour de la terre… Pourquoi ? Pour rien, comme la terre et les autres planètes autour du soleil et le soleil avec la Galaxie et les galaxies, les amas, comme ça pour rien, bêtement… je me dis, plutôt je me demande comment de tous ces trucs qui tournent comme ça, bêtement, pour rien, comment la pensée a fait pour exister et comment les mots sont venus pour la dire, la décrire, la faire exister, comment ?
Parce que je pense quand j’écris ça avec des mots. Ce n’est pas Descartes qui me contredira.

Humanimal

Il est de bon ton de parler animal ces temps-ci : sensibilité, intelligence animales, relations homme-animal…etc. Je voudrais ici y apporter ma contribution.
Voilà, je me parle souvent. Je veux dire que je parle avec moi-même, je me raconte des choses, je les écoute, je les commente, je me contredis. Il peut arriver que j’aille jusqu’à m’engueuler.
Aussi je vous prie de bien vouloir pardonner ce bizarre petit dialogue farfelu que j’ai eu récemment avec moi-même, sorte de brèves de comptoir animalières pour moi seul.
I
Humanimal
Débile et étrange façon de voyager au pays du docteur Moreau, de l’Instrumentalité, de Dune, des bestiaires, des totems, des tabous, des rituels de vie et de mort, des animaux de batteries, des bêtes de compagnie, des monstres, des chimères, des rêves et des cauchemars.
I
Un humanimal des humanimolz

1a
Quelle idée! Un humanimal, des humanimolz?! Kes tu dis là? Kes tu veux dire? Comment t’écris ça, toi, des humanimolz?
MOLZ, au pluriel, c’est simple, non?
Tu trouves?! Un humanimal, des humanimolz, ça xiste pas.
Un humanimal ça xiste dans ta tête. Des humanimolz aussi, sauf que ça doit prendre plus de place.
Humanimal c’est une valise, hein? Tu vas pas me faire croire que tu le sais pas.
Bien sûr. Humanimal est un mot valise qui tente d’exprimer cette chimère psycho-sociale que représente la relation de l’homme avec l’animal.
Comment tu causes, toi!
J’espère que t’as compris. La symbiose homme/animal est planétaire. La synergie matérielle et psychique qui en découle crée, chez l’homme, un espace mental intermédiaire, une « interface » – comme on dit maintenant – qui est une façon de chimère.
Tu peux pas dire ça en français tout simplement? Moi je dirais que l’homme et l’animal ensemble ça fait une drôle de bête.
Si tu veux. Et pour l’homme, l’animal a toujours été matière à quelque chose:
Matière à manger, à chasser, à domestiquer, à ritualiser, à totémiser, à conjurer, à imaginer … etc.
Bon, d’accord, à ceci et à cela, mais surtout à manger n’oublie pas. Sauf les végétariens videmment. Et encore, si ça se trouve, ien a des tout petits qu’on voit pas, des animaux, et qui se glisse dans la vinaigrette, des animalcules dans la sauce tomate par exemple.

 1b
La nouvelle cuisine, d’abord ça fait tellement longtemps qu’on en parle que ta nouvelle cuisine elle a sûrement de cheveux blancs maintenant. Et puis toutes ces recettes, bleu, saignant, à point, plus cuit, moins cuits, basses calories, avec ou sans sel, comment assaisonner ceci, comment arranger cela. Sans compter la cuisine politique et comment accommoder un émigré. Des goûts et des couleurs, mon vieux, ça se discute pas.

 2a
Moi, j’ai pas de fusil. Je chasse pas. Un jour, des amis m’ont emmené pour compter des chevreuils et des faisans vénérés dans les bois.
Alors, tu les comptes pour savoir combien y en a et combien on pourra en tuer à l’ouverture.
On marche en ligne, de front, à 5-6mètres les uns des autres. Tu comptes seulement celui qui passe à ta droite. Celui qui passe à ta gauche tu le laisses pour le copain. Alors là, tu vois, chaque fois qu’il m’en passait un à droite, je me suis demandé si celui que je venais de compter là, je ne l’avais pas condamné à mort à l’automne prochain. Et je me suis demandé aussi si on comptait les hommes pour savoir combien fallait en tuer.
Remarque, à la télé, on en tue plus des hommes que dans les champs, des animaux. Et je compte pas les jouets des gosses et les exterminations interactives des jeux vidéo. A côté, la chasse c’est du croquet.

 2b
Attends, attends, y a aussi ceux ki faut protéger, pasque sans ça ils disparaîtraient. Alors, t’as les baleines, surtout les bleues, aussi les blanches. Y en a pas de noires …peut-être… de toutes façons … bon. Côté baleines les racistes ils l’ont dans le baba. Pourquoi ? Faut voir. Alors t’as aussi les aigles, principalement les royaux. Bon, pis alors plein d’autres, ours, vautours, loups, vipères … des crabes… des bébés phoques et Brigitte Bardot, bref plein d’espèces en voie de disparition, on dit.
Alors, tu sais qu’on a dit aussi que les belles mères étaient en danger, que c’était une espèce d’espèce en voie de disparition. A cause de la diminution des mariages. Mais maintenant ça change, paraît qu’on se marie davantage et qu’on fait des enfants à tour de bras. Enfin c’est pas avec les bras qu’on les fait mais c’est pour dire.
N’empêche, des mauvaises langues prétendent qu’un jour, dans pas si longtemps, c’est l’espèce humaine qui sera en voie de disparition. Y en a d’autres, encore plus pessimistes, qui pensent que la terre fait partie des planètes en voie de disparition.

 3
Tu sais, à propos d’espèces en voie de disparition, paraît que les crocodiles ont des problèmes. J’ai une amie qui en a élevé un petit, tout petit, dans sa baignoire … enfin, ça a duré ce que ça a duré.
Remarque bien, le crocodile ça se mange dans certains restaurants, mais en général, c’est plutôt le contraire.

 3b
Moi, remarque, j’ai réussi à mettre 200 poulets dans un cageot et autant de cochons dans une caisse. Mais, je te dis pas, faut bien les ranger si tu veux tout mettre.
Je te parle pas des vaches.

 3c
Sans compter que ça pollue.
Ah, ça y est. La pollution, la pollution, on n’a que ce mots-là à la bouche La contamination de la nappe phréatique à cause des cochons et des nitrates, c’est de la rigolade!
Que tu crois. Tu as entendu parler de la mémoire de l’eau. Elle garde toujours la trace de ce qu’elle a eu en dissolution, à propos de sa mémoire on dit dilution, je sais pas pourquoi. Alors, imagine, avec tout ce qu’on lui fait avaler, on pourra toujours la purifier, elle est comme la mule du pape, elle t’en gardera un chien de sa chienne. La vengeance de l’eau sera terrible!

 4a
Je vais te dire, ia des tas d’animaux qui travaillent pour l’homme … enfin qui travaillaient: les mules, les mulets, les chevaux, percherons par exemple, aussi les bœufs …
Plutôt des gros bêtês.
T’es drôle, toi, tu te vois faire travailler des puces ou des fourmis?! Quoique les fourmis, ça en met un rayon. Tu sais combien ien a sur la terre? 1 milliard de milliards, parait. Et depuis que je t’ai parlé, là, ien sûrement encore déjà plus. Le péril jaune à côté c’est de la bricole. C’est comme les termites. Bizarre les termites : ils se construisent de chouettes maisons et ils bouffent celles des hommes. Ia un truc là.
Bon. Pour les bestiaux domestiques, je disais travaillaient pasque maintenant à cause des machines … remarque que ça xiste encore dans plein d’autres pays: les chiens de traineaux dans le froid, les chameaux, les dromadaires dans le chaud, les lamas dans les hauteurs, les éléphants je sais pas où … Mais pour revenir aux bœufs, avec ce qu’on leur met sur la tête. Je me demande d’ailleurs pourquoi on appelle ça un bât vu qu’on leur met plutôt haut.
Oh éh! T’assommes avec tes bêtes de somme. Achète un tracteur et fous la paix.

 4b

Et kes tu fais des animaux qui xistent pas. kon été inventés par ton zoosytémicien avec des noms à coucher dehors avec un billet de logement. Et pis tâche de les classer en espèces, en familles … comme ça se fait dans la vraie science.

 5
Moi, j’ai un chien, tu sais, un comment kon dit, un machin bull. Il a été dressé pour et tout. Et je peux te dire que, hein, tu m’as compris.
Eh bien, moi, le mien marche sur les pattes de devant et mon chat fait le beau.
Tu sais, le dompteur qui met sa tête dans la gueule du lion. Eh ben, j’ai un copain qui a fait mieux. T’as déjà mis t’as tête dans la gueule d’un crocodile. Non, eh ben lui oui.
Sa mère m’a dit il est complètement écervelé.
Je ne sais pas si ça a un rapport, mais moi, ma femme fait du trapèze. Et les gens font aaah et applaudissent. Ils ont fait OOOOOH quand elle est tombée.
T’es sûr que c’est pas ton araignée?
En tout cas, Shakespeare, c’est pas n’importe qui. Eh bien, il a dit qu’une mégère ça s’apprivoise.
I t’as dit comment?

 6
Tu connais la théorie des animaux-machines de Descartes qui transforme en profondeur l’approche philosophique des rapports de l’homme et de l’animal? Le philosophe français réduit l’âme à la pensée et le corps à l’étendue. Les intermédiaires entre l’âme et le corps n’existent pas. Le corps fonctionne sur des principes mécaniques qui ressemblent à ceux d’une pendule. Les animaux qui n’ont pas de langage sont des automates, réduits à un corps.
Oh eh dis, comme tu causes encore là? Laisse tomber un peu les machines. A la rigueur c’est bon pour les jouets qui imitent. Pour moi les vrais animaux ça vit. T’as déjà vu une machine qui saigne, toi, ou qui a mal ou qui remue la queue?!
N’empêche que la science a fait des progrès avec les rats, les souris, les chiens, les singes et même les mouches. Alors!
Et tu sais que maintenant on élève des cochons pour qu’ils prêtent leurs organes à greffer sur des hommes et en évitant le risque de rejet. Le cochon est ce qu’il y a de plus près de l’homme.

 7
Les enfants adorent les animaux. C’est bien connu. Oui, bien sûr, quelquefois ça leur arrive. Mais, ils ne le font pas exprès, les gosses. Ecoute. Comme l’a dit quelqu’un y a longtemps à propos des adultes, ils ne savent pas ce qu’ils font.
Ils dénichent pour s’amuser. Ils tirent les oiseaux au lance-pierre, (Leur père a un fusil. Eux ils sont trop petits, le fusil a trop de recul pour leurs petites épaules, vaut mieux un lance-pierre).
Bon, ils crèvent les yeux du chaton, mais ils le font sans songer à mal. La preuve, ils font pareil à leur poupée. Alors.
C’est vrai, les enfants arrachent souvent les ailes aux mouches. C’est seulement pour qu’elles ne volent plus.
J’avais un copain à l’école qui voulait être pilote de ligne. Lui, c’était les pattes qu’il leur arrachait, pour voir comment elles atterrissaient sur le ventre.
Moi? Comment ça moi? Oh, je ne me rappelle plus, c’est trop loin.

 8
Tu m’as toujours pas dis ce que c’était des humanimolz.
C’est seulement le pluriel d’un humanimal, je t’ai dit.
Tu ne vas pas t’en tirer comme ça. Pasque ça m’angoisse tes trucs. Et alors quand j’angoisse je mange et plus je mange plus j’ai faim et plus j’ai faim plus je mange : un cercle vicieux. Comment on dit?
Un feed back positif.
C’est ça. Je sais pas si c’est aussi positif que ça. Côté santé ce serait plutôt négatif. En tout cas, je peux pas te dire que ça me fait maigrir.
C’est parce que tu manges n’importe quoi n’importe quand, n’importe comment. Faut savoir manger. Faut manger ce que tu veux devenir. Tu manges du lion si tu veux devenir un lion.
Comme c’est facile.
Non mais, c’est juste un exemple.
Je vais tout de même pas bouffer mon père si j’ai envie de devenir comme lui.
Je ne sais pas si ça se fait encore. Mais un temps ça c’est fait. Enfin ça se dit. Plutôt ça s’est écrit. Tu devrais lire « Pourquoi j’ai mangé mon père » de Roy Lewis, un anglais qui a écrit un livre rigolo sur la vie des premiers hommes. C’est marrant comme tout.
Tu trouves ça marrant de manger son père?!
Ca n’arrive qu’à la fin du livre. D’ici là tu as le temps de te marrer un bon coup. D’ailleurs ce n’est pas mon père qu’ils ont mangé, les fils en question, c’est le leur. Alors, ça m’est un peu étranger. Sans compter que ça date de l’invention du feu, du temps qu’Homo Erectus essayait de devenir Sapiens, c’est pour dire, disons 450.000 ans.

 9a
Elle l’avait tellement dans la peau qu’elle l’avait mis à l’intérieur d’elle même. Elle avait accepté en elle un petit bout de lui, par amour. Et c’est un petit homme tout entier qui lui était poussé.
Et attend, elle ne voulait pas le laisser sortir. Pourtant enceinte jusqu’aux yeux, suffisait d’appuyer dessus pour que ça sorte. Mais avec la tête qu’elle avait, on savait pas de quel côté il allait sortir.
T’aurais vu la gueule de l’obstétricien. Mais bon, il est sorti quand même finalement. Inévitable. Et quand on lui a mis sur le ventre, elle l’a pris et l’a dévoré des yeux et de baisers.
Eh bien, elle a été acquittée, pour crime passionnel, avec mention très honorable et les félicitations du jury, à l’unanimité.

 9b
Ecoute je ne sais plus où j’en suis avec ton humanimal et tes humanimolz pluriels. Je ne sais plus où je finis et ou mon chien commence et réciproquement. Comment veux-tu que je ne sois pas boulimique?!

II
Humaux ou animains?

 1
Humaux ou animains, là t’es encore en train d’essayer de me piéger avec tes mots cassés.
Pas cassés, coupés collés, des mots chimères, si tu préfères.
Chimères ou pas, tu veux me piéger.
Non, tu peux voir ça au Palais de la Découverte, (enfin je sais pas si on peut encore le voir) c’est un logiciel, comme on dit, qui s’appelle comme ça, installé sur une borne interactive, comme on dit encore …
Oui, des trucs qui montrent des machins, quoi.
Si tu veux. C’est dans la salle « vivre en animal ». Ca te permet de comparer les comportements de l’homme et de l’animal. Et des fois, tu te demandes qui sont humaux et qui sont animains.
Et nous, on est quoi?
Attention, je te parle d’humaux: H … AUX. Rien à voir avec les Ummos, UMMOS, les extraterrestres qu’on ne voit pas mais qui sont tout de même là.
Et pourquoi on les voit pas.
Sans doute parce qu’ils sont comme toi et moi. Si ça se trouve, t’en es un et tu le sais même pas.
Et si je préfère être un animain, moi?!
C’est ton problème.

2
Hier je t’ai parlé de l’animal-machine de Descartes. Tu te rappelles? Eh bien, La Mettrie, un siècle plus tard, est allé plus loin, avec son homme-machine.
Ca me manquait !
« Le corps humain est une machine qui monte elle-même ses ressorts. Vivante image du mouvement perpétuel. » Il a écrit.
Ben voyons. Et l’ordinateur, alors, c’est une machine-machine ou peut-être bien une machine-homme.
Ecoute encore La Mettrie: « En faut-il davantage … pour prouver que l’homme n’est qu’un animal, ou un assemblage de ressorts, qui tous se montent les uns par les autres, sans qu’on puisse dire par quel point du cercle humain la nature a commencé … Et l’Ame n’est qu’un principe de mouvement ou une partie matérielle sensible du cerveau, qu’on peut, sans craindre l’erreur, regarder comme un ressort principal de toute la Machine … »
Et toi tu les planques où tes ressorts?
Son livre a été interdit et brûlé?
Tu m’étonnes.
C’est la vanité de l’homme qui lui fait dire que l’ordinateur ne sera jamais intelligent. Qu’est-ce qu’il en sait?
T’as raison, faudrait s’occuper de l’amélioration de la race transistorale ou de la puce électronicale.
On y travaille. Et on améliore les performances des circuits intégrés comme celles des pur-sang. A toi de choisir.
Et si moi, je choisis un premier grand cru classé, bien chambré.
C’est ton problème.

 3
Figure-toi que j’ai rêvé que, comme le Dr Frankestein refusait de lui fabriquer une compagne, sa créature monstrueuse avait épousé de force ma belle-mère. Mon psy m’a dit que ce rêve pouvait suggérer l’ambivalence de mes sentiments envers ma belle-mère. Qu’est-ce t’en penses?
Rien. Figure-toi que moi aussi j’ai fait un rêve. J’ai rêvé que le Dr Jekkyl était tombé gravement malade parce que Mr Hyde avait mangé de la vache folle.
Je ne sais pas si tu as vu à la télé mais le Comte Dracul, dit Dracula, descendant de Gengis Khan, fait la grêve de la faim. À cause du sida, il se refuse à boire le sang de ses victimes tant qu’on ne les aura pas fait chauffer.
Et alors?
On le maintient avec du sérum synthétique.
Je sais bien, tout le monde rigole de ces histoires mais c’est pour cacher leur peur. Toutes ces créatures, ces bestiaux, ça xiste pas seulement dans les cauchemars ou les livres. La bête du Gévaudan, les centaures, le Yéti, les dragons, les chimères, les sirènes, la licorne, les dents de la mer, le Loch Ness et tout et tout. Tout de même ia des gens qui disparaissent et qu’on revoit pas.

 4
Si tu continues, je vais te jeter un sort. Tu seras transformé en crapaud et pour retrouver ta forme, faudra qu’une jolie poupée te roule un patin sur tes lèvres baveuses. Alors, je peux te dire que ça sera pas demain la veille.
C’est une colombe qui viendra me sauver. Ou plutôt, tu vas rater ton coup et je deviendrai une biche.
Méfie-toi, ça se mange. C’est bon un gigot de biche.
Espèce de cannibale.
Faut savoir: t’es homme ou t’es biche ?
Moi, je te vois bien en loup-garou les nuits de pleines lunes. Et en vieillissant tu perdrais tes dents. T’imagines un peu, un loup-garou avec la pointe du menton qui touche le bout de son nez ?!

 5
Se réincarner sans arrêt, ça doit être fatigant à la longue. Sans compter qu’on ne sait jamais sur quoi on va tomber la fois d’après.
Tu sais, on vit de plus en plus vieux. Un jour on ne mourra plus. Et on pourra mettre la métempsychose au musée.
C’est pas pour tout de suite.
En attendant je serais assez pour une réincarnation virtuelle – si on peut dire – en 3D et en couleur et tout. Ça doit être possible avec les nouvelles imprimantes.
Sur qu’on sauvegarde plus facilement un ordinateur que la nature. Mais passer une éternité à cavaler dans des circuits intégrés, c’est pas ma tasse de thé. Non, moi je me réincarnerais plutôt en morpion sur le pubis d’une jolie femme.
Ca a la vie courte.
Eh bien, je me réincarnerai rapidos sur plein d’autres pubis.
Et si tu tombes sur celui d’un homme?
Je suis hétéro : je me suicide.
Il n’y a plus de réincarnation pour les suicidés.
C’est un risque à prendre.

 6
T’as déjà regardé les portails et les chapiteaux des églises? I a des tas d’animaux sculptés. T’en vois aussi sur les vitraux et dans des enluminures.
Tu m’as l’air enluminures, toi.
C’est comme ça qu’on dit. Ia tout un bestiaire mystique. Ia les bons, les animaux purs et les mauvais, les impurs. T’as aussi des bêtes imaginaires: le caladre, le phénix, la licorne plutôt bons et l’aspic, le basilic, la chimère carrément mauvais.
Faudrait pas oublier le bœuf et l’âne kont réchauffé l’enfant Jésus.
Avant ia eu le serpent tentateur.
Bon, mais t’as le poisson symbole de vie et de fécondité et la colombe messagère et bien d’autres …

 7
Du chasseur de l’âge de pierre au chasseur actuel, de la louve romaine à la bête du Gévaudan, des peintres de Lascault au safari photo, du Roman de Renart à la SF, les hommes et les animaux se racontent de drôles d’histoires.
Moi, je vivrais bien avec C’mell, tu sais la fille-chat des Seigneurs de l’Instrumentalité. Elle est belle, sexy et tout. Elle a 6 paires de seins au moins, peut-être plus.
Elle appartient au Seigneur Jestocost.
Je m’appellerais Roderick Frederick Ronald McBan, né entre les étoiles, habitant d’une planète nommée Norstralie. Et j’achèterais C’mell, comme j’ai acheté la Terre, grâce à la fortune incalculable que me procure la production de Santaclara, l’ultime drogue de longévité.
Moi, j’irais plutôt chevaucher les vers géants dans les sables de Dune où germe l’épice qui donne longévité et préscience.
Où elle est ta Dune? Au Sahara ou dans les Landes?

 8
Oh, ça devait être un bébé puce, quand je l’ai recueillie. Elle était entre deux ongles. Elle allait être écrasée. Je l’ai sauvée de justesse. Je l’ai soignée. Quand j’ai voulu lui redonner sa liberté, elle n’a pas voulu partir. Alors je l’ai gardée. Tu ne peux pas savoir comme elle est gentille et intelligente. Faut le voir pour le croire. Et c’est une compagnie, tu sais. Je me demande ce que je deviendrai quand elle va mourir. Je n’en aurai pas d’autres.
Elle m’attend le soir. Elle me reconnaît. Elle me fait la fête. Elle ne me pique pas. Alors, je lui ai offert un chien, un joli petit caniche.

 9a
C’est banal de dire que le maître ou la maîtresse et son chien se ressemblent. On ne sait pas lequel déteint sur l’autre.
C’est vrai ça, l’animal est un miroir pour l’homme. J’avais un copain qui se regardait dans son chien, un énorme briard à poils longs. Mon copain ne se rasait jamais et avait une très grande barbe. Et quand il est devenu chauve, son chien a perdu ses poils et est mort d’un coup de froid et mon copain, lui, de chagrin.

 9b
Ecoute, là, je cause, je cause mais je ne sais plus où j’en suis, ni à qui je parle. J’ai l’impression que tu m’as mis la main au collet.
– De qui tu parles ?
– Il m’arrive de parler de moi à la troisième personne.
– Ah bon. Mais c’est toi qui mets la main ou qui l’a … au collet ?
– Les deux. Tu vois une difficulté ?
– Non. Enfin … Quand tu vas manquer d’air, continuer de serrer te deviendra difficile.
– Ca dépend. Si moi est un autre.
– J’ai déjà entendu ça à propos de Je .
– Oui, mais moi aussi. Je veux dire, il n’y a pas de raison pour que ça ne marche pas avec moi. C’est pourquoi il m’arrive de parler de moi à la troisième personne.
– Mais, à qui tu parles au juste en ce moment ?
– A moi.
– Ah ?
– Oui. Je dialogue avec moi.
– Ah !
– Oui. Je me parle à moi-même si tu préfères.
– Une seconde, tu permets? Parce que j’avais cru comprendre que c’est moi qui était moi.
- Dame. Et alors ?
– Alors, moi serait comme un toit à deux versants. Un moi est toujours le toi d’un autre et réciproquement.
– De l’autre quoi ?
– Moi.
– Mais je n’ai qu’un moi.
- Mais … quand tu te parles à toi-même ?
– Je parle à moi.
– T’es sûr de ne pas tourner un peu en rond?
– T’as déjà tourné en carré, toi ?
– Ca doit pouvoir se faire: tout droit et 3 fois à angle droit dans le même sens après strictement la même distance parcourue.
– Sans doute. Il est vrai qu’un carré n’est au fond qu’un cercle avec 4 angles droits. Tous les topologistes te le diront.
– Bon … Bref, si nous revenions au collet. Alors qui tient l’autre ?
– Moi.
– Et moi je serais moi ? Je veux dire : je serais ce moi-là ?
– Je ne te le fais pas dire.
– A propos, comment va ton collet à présent?
– Je commence à manquer d’air. T’avais raison. Je sens venir l’anoxie. Je ne peux déjà plus me parler tout à fait à haute voix. J’imagine que mes idées ne vont pas tarder à s’obscurcir. Et je ne saurai jamais si je suis un humal ou un animain.

Parler de soi

Voilà un bail que je n’ai pas écrit un mot ici.
Pourquoi ?
Il est des lieux où l’on ne doit pas parler de soi.
Peut-être ici m’arrive-t-il de penser cela. Et j’hésite, je remets à plus tard. Et pourtant… Ici, quand je ratiocine sur ceci cela, apparemment je ne parle pas de moi mais de ce que je pence de ou de ou encore de
Alors, on peut me demander, comme c’est encore beaucoup de mode de nos jours : « Mais d’où parles-tu ? »
D’où je parle ? Mais, de moi. Je parle de moi, depuis moi, cette idée. Oubliant un moment que « depuis » est une préposition de temps (de de et puis). Et que ce n’est qu’en seconde acception que les dictionnaires lui font considérer l’espace.

Ici, en l’occurrence, je parle en effet depuis moi, à partir de moi, de mon temps et de mon espace. N’ayons pas peur de l’enflure : je parle de mon espace-temps et j’espère que ça vous fait une belle jambe sans trop courber votre espace ni arrêter votre horloge.

Vers la fin de l’automne dernier, en regardant les feuilles de mon platane planer vers le sol en de nostalgiques circonvolutions, j’avais la sensation de me soigner. De quoi ? D’un peu tout. Je me disais « Ça va passer ».
Les brumes matinales ne soignent guère le moral mais, heureusement, le soleil réussit encore à pointer quelquefois son nez.

Il ne faut pas trop en demander.

Réflexions en vrac

IkonsIl y a des gens, paraît-il, pour se demander si le nombre des âmes est limité ou illimité. Certains vont même jusqu’à s’inquiéter de savoir s’il y aura assez de place au Paradis et en Enfer. Le Purgatoire n’étant qu’un sas est inutilisable. Quant au recyclage de la Métempsycose, il s’avère inefficace en la matière. Je ne me pose pas la question, Dieu merci, même si j’ai un sérieux doute quant à son existence.

Le Darwinisme a son mot à dire en ce qui concerne le Djihadisme. Si les petits jeunes se font embrigader si rapidement, c’est qu’il ne sont pas adaptés. Le darwinisme  faisant son boulot, la Sélection naturelle ne les retiendra pas.

Antisémitisme, islamophobie, homophobie, on n’entend plus que ça partout. Moi, qui ne suis ni juif, ni musulman, ni catholique, ni protestant, ni bouddhiste, je me demande si j’existe seulement.

Il y a des gens qui se battent pour que les homosexuels puissent entrer dans l’Église. En ce qui me concerne, j’aurais plutôt tendance à me battre pour que même les hétéros puissent en sortir.

Lire la science

C’est bien de se tenir au courant en lisant des revues de science. Mais parfois ce n’est même pas nécessaire, ce fut le cas lorsque les quotidiens et les radios télés qui, avec quelques dix ans de retard, firent récemment un scoop de la présence de neurones dans nos intestins.
Nous avons des neurones dans le ventre qui est « notre deuxième cerveau ». Ces neurones se chargent de notre digestion, ce qui est concevable : s’ils sont là, c’est probablement pour cela.
Il paraît que si l’être humain n’avait disposé que de son cerveau du haut celui-ci aurait été tellement absorbé par ce processus complexe qu’il n’aurait pas pu développer d’autres activités intellectuelles. Le fait d’avoir deux cerveaux a joué un rôle majeur dans notre évolution. Le cerveau entérique produit jusqu’à 95% de la sérotonine qui participe à la gestion de nos émotions.
Depuis que je sais que j’ai des neurones dans les boyaux je me sens plus intelligent jusque dans les toilettes.

 Il m’arrive aussi de penser que les constipés sont des personnes qui ont si peu de neurones dans le ventre qu’elles redoutent de les perdre.

Danse contemporaine ?


Pour prolonger ce que j’ai dit de l’opéra, du Rap … etc., ces derniers jours, je vais m’intéresser de nouveau à la danse dite contemporaine au risque de me tremper davantage dans la fange réactionnaire de la ringardise.
Alors la danse …

Singe dormeur

À la vérité, je n’ai pas de compétence particulière en matière de danse, fut-elle contemporaine. Aussi, je ne me risquerai pas à jouer les critiques concernant telle ou tel que j’aurais apprécié ou non. Pourtant l’impression s’impose à moi à y regarder : c’est fou ce que ça peut être à la mode de se rouler par terre !!
Quand on pense que Karin Waehner, se revendiquant de Mary Wigman, fut l’une des, sinon la première, à se rouler par terre et qu’il y a de cela un bon demi siècle, on ne peut s’empêcher de penser voilà une mode – à la différence de toutes les autres – qui dure.
À l’époque c’était scandaleux de se rouler par terre. Aujourd’hui ce serait de ne s’y point rouler qui serait scandaleux. Le risque en est quasi nul, car on peut se demander si quelqu’une ou quelqu’un pourrait s’adonner à une danse qui oserait se dire contemporaine sans se rouler par terre.

En fait, cette gestuelle « nouvelle », destinée à libérer, diversifier, enrichir les espaces expressifs de la danse, finit par devenir si conforme que le carcan de Petipa semble insidieusement se refermer sur les malheureux danseurs contemporains sous cette forme de contorsions obligées.
Sans compter qu’à force cela finit par être salissant.
Il y a aussi cette façon de se référer à des faits actuels, à des légendes, ou encore à des thématiques « engagées » et de réaliser à ce propos une partition gestuelle qui n’a rien à voir avec ce qui est pourtant affirmé dans le programme. Il me semble que si l’on raconte une histoire, le geste doit, sinon la dire, du moins la montrer… comme dirait Wittgenstein.
On se roule par terre pour évoquer une métamorphose d’Ovide, on se roule par terre pour faire jaillir une problématique existentielle, une horreur économique, un génocide, un drame planétaire. On se roule par terre pour faire rire, pleurer, réfléchir, méditer.

Je pense à Cage et Cunningam qui ne jugeaient pas nécessaire de mettre leur libido en bandoulière, chacun travaillant dans son coin, pour construire un objet de danse. Selon eux, l’anecdote s’inscrit d’elle-même, par la combinatoire et l’assemblage gestuels, dans l’espace euclidien, riemannien ou fractal, selon le style et l’époque de l’œuvre.
Mais, encore une fois, je n’ai guère de compétence en matière de danse, fut-elle contemporaine. Et je suis peut-être aussi un peu passé de mode.

Cela m’amène à ce que j’appelle la danse sur la tête, le Hip Hop pour les initiés. Voilà de la danse contemporaine qui a pignon sur rue, qui joue dans la cour des grands sur de la musique boum boum. Cela relève – tant que cela durera – aussi bien des jeux du cirque que certains cirques actuels relèvent de la danse contemporaine.
Il s’agit là d’une forme nouvelle inégalée d’harmonie de différentes disciplines réalisant l’art du spectacle total.

Il ne manque que de revenir sur le Rap, sans doute un important phénomène sociologique avec lequel il faut compter. Mais pour ce qui est de l’événement esthétique il faudra repasser : texte débile, premier degré à quelques exceptions près, qui se profère généralement sur boîte à rythme, toujours sensiblement de même facture, autant que j’ai pu me rendre compte. Et cela s’appelle chansons qui s’inscrivent dans des « albums ». À propos, un album est un « cahier personnel destiné à recevoir des dessins, des photos, des collections diverses. C’est encore un recueil imprimé d’illustrations ou de documents iconographiques », dico dixit. Que viennent faire les chansons là-dedans ?
Disque (compacte ou non) ne serait-il pas un label assez noble ?

 Je ne voudrais pas aggraver mon cas en m’aventurant dans les domaines de l’architecture et des arts plastiques, installations, performances … etc.

Commentatio journalonis

Hier, le Premier Ministre Manuel a fait son discours de politique générale et a obtenu une majorité relative.
Immédiatement vont bon train commentaires journalistiques et économatheux. Sourire satisfait sur toutes chaînes radio télé, C dans l’air de la 5, Grand journal de Canal + par exemple … et les autres. Listing de la vacuité en réponse d’un échec : il n’a rien dit, rien n’est fait.
Alors je vous demande Madame, Monsieur Journaliste, Madame, Monsieur économiste, vous êtes Président(e) de la République, vous êtes Premier(e) Ministre, vous faites quoi ?
Concrètement, précisément, vous faites quoi pour changer les choses, pour sauver la France, Madame, Monsieur Votre Suffisance ?

 Pauvres gens, je vous plains.

Et encore, je ne dis rien de Mesdames, Messieurs les politiques de la fronde et de l’opposition.

L’opéra, le rap et la culture

Image


Au risque de me faire traiter de … et de … et de bien davantage encore, au risque même de la peine de mort, je vais me permettre d’affirmer qu’il n’y a rien de plus ridicule que l’opéra. J’en est déjà parlé (5 juin 2012). Je confirme. D’abord une histoire racontée par un texte débile porté par une musique souvent belle mais répétitive et emphatique qui n’en tient aucun compte et qui pour installer et développer sa grandiloquence le contraint à des répétition qui en accentue la débilité et le ridicule : « Allons allons, rentrons sortons, sortons rentrons, … » jusqu’à ce que la musique n’en puisse plus.

Ou encore, pour exemple, « Je suis mort, je meurs, je meurs, il meurt il meurt, je suis mort, il est mort, il est, il est, il est, mort mort mort mort … » jusqu’à essoufflement des cordes, des vents et des timbales. Le tout meuglé à faire craquer les vitres et vous pulvériser les vertèbres lombaires par des bœufs qui se prennent pour des taureaux et des chèvres qui bêlent dans les super-aigus à vous percer les tympans et vous fendre les os du crâne de la fontanelle au somment du nez.

C’est disgracieux et désagréable à l’oreille. Cela ressemble davantage à une performance sportive qui consiste à gueuler sans micro plus fort que l’orchestre qu’à de l’art. Si cela en est alors on a raison de vouloir me confier à un quelconque état islamique pour décapitation.

Quand je dis « rien de plus ridicule » j’exagère. Il y a dans l’univers des arts bien des choses aussi ridicules que l’opéra … sinon plus. Le RAP, par exemple, dans 90% des cas, on a affaire à des textes misérables éructés sur fond de boite à rythme. Que le RAP soit un phénomène socialo-politique important, d’accord. Mais qu’il soit un événement esthétique, non ! 90 fois sur 100, non !!

Revendication à comparer avec, au hasard de ce qui me vient  : Barbara : Sida Si d’amour … D’amour Sidanné Brassens : Mais les braves gens n’aiment pas que Éluard : j’écris ton nom, liberté Lautréamont : Je te salue vieil océan Rimbaud : Saison en enfer : J’ai de mes ancêtres gaulois l’œil bleu blanc Et son dormeur du Val : C’est un trou de verdure où chante une rivière …

dormeur du val

… Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Et tant d’autres, tant d’autres ! À quelle aune mesure-t-on le chef d’œuvre ? À quels symptômes diagnostique-t-on les risques d’une pathologie mortelle de la culture ? À la télévision, Madame Line Renaud nous dit : « Grand Corps Malade m’a fait l’honneur et la joie de m’offrir un de ses poèmes ». Et de nous offrir à son tour, sur le ton emphatique d’un immortel message, un texte vaguement prétentieux d’une médiocrité convenable.

Suffit-il du handicap pour avoir du talent ?

Qu’on me comprenne bien. Le handicap n’a jamais été un obstacle pour le talent, voire le génie, nous en connaissons de nombreux exemples, mais il n’y suffit pas non plus.

On n’est pas forcément réactionnaire quand on critique les attitudes majoritaires de « consommation » culturelle de l’époque dans laquelle on trempe.

Que risque-t-on quand on se méfie du quantitatif comme seul critère déclaré de qualité, quand on ne suit pas les panurgiens qui plongent par millions dans l’océan des eaux de vidange culturelles ?

À ces faiseurs de modes qui se jouent du « brave consommateur », ces quelques manipulateurs djihadistes prêts à presque tout pour faire du fric, j’offre ma tête et la mort de la culture.