JO et superlatifs

Oui, je sais, je n’ai rien écrit depuis le 5 juillet.

Faut dire que j’ai découvert les joies de quelques côtes cassées qui m’ont rendu enclin à regarder davantage la télévision et, à partir du 27 juillet 2012, les fameux, fabuleux Jeux Olympiques de Londres retransmis par les soins exceptionnels et objectifs de France Télévision avec les fabuleux fameux commentaires des inimitables et prestigieux journalistes sportifs de l’établissement.

Il a déjà été beaucoup écrit sur ces JO en général, notamment rapporté sur l’Internet. Je laisse par ailleurs le soin à Fabien Ollier de cerner les aspects les plus scandaleux du phénomène : L’indécence de la gabegie financière, l’affairisme mafieux derrière le spectacle pompier pour grands gamins, le côté « Big Brother » de ces jeux, derrière la fête quadrillage militaro-policier, débauche de caméras, intégration du voile islamique sous les pressions des Pays de Golfe, complicité équivoque CIO avec la dictature syrienne … etc. [1]

Au-dessus de tout cela, le nuage médiatique noie dans la fumée du dithyrambe tout l’inavouable, avec l’innocente complicité de athlètes et l’hypertrophie ubuesque des commentateurs.

J’ai déjà eu l’occasion de remarquer la tendance de notre époque pour le développement du superlatif : les très très, super, absolument fabuleux …etc. Avec les commentateurs sportifs de France Télévision, on a été comblé au cours de ces deux semaines : Quel spectacle ! Quel spectacle ! Splendide ! Époustouflant ! On va se régaler, Mesdames, Messieurs !

 L’enflure et le chauvinisme ne laisse que peu de place aux « autres ». D’ailleurs, on ne diffuse sur France Télévision, à quelques exceptions près, que les épreuves où il y a au moins un athlète français. On peut même aller jusqu’à rediffuser plusieurs fois une séquence de victoire française ou une interview de l’athlète, alors qu’il se passe plein de choses plus intéressantes ailleurs, choses qu’on peut voir sur Eurosport ou encore sur l’Internet qui passe la quasi totalité des épreuves. Encore faut-il évidemment être équipé pour et notamment disposer du très haut débit.

Le chauvinisme et les dérapages de tous ces commentateurs et interviewers, dont je tairai les noms par commisération, n’ont d’égal que leurs hurlements hystériques qui accompagnent la performance plus ou moins réussie d’un compatriote. C’est vraiment pénible de subir leurs vociférations incessantes, quelquefois mal à propos et souvent inutiles, par exemple, nous décrire en superlatif ce qui arrive – une passe ratée ou une planche mordue – comme si on était assez demeuré pour n’être pas capable de voir, sans leur baratin boursouflé, ce qui nous est montré à l’évidence. Il ne peuvent supporter le moindre silence, mus par l’impérative nécessité de gonfler leur Ego de leur bavasserie, jusqu’à l’éclatement.

On va avoir droit aussi à tous les détails de la vie d’icelle ou d’icelui, vie privée, vie sportive, ex champion du monde, double championne de, n’a que 20 ans, encore là à 35, meilleure performance mondiale de tous les temps, deuxième meilleure performance mondiale de l’année, troisième meilleur temps de la saison …

Le lexique est tout aussi édifiant : chauvinisme, superlatif, pauvreté.

L’une ou l’un a gagné :

Il, elle a marqué l’histoire

Il, elle a frappé un grand coup

Il, elle a fait fort

Il, elle a remis les pendules à l’heure

Il, elle a répondu présent(e)

Fabuleux, magnifique, extraordinaire, historique !

C’est énorme, énormissime !

Un temps stratosphérique !

L’une ou l’un a perdu :

Il, elle n’a rien à se reprocher

Il, elle a tout donné

Il, elle a tout de même battu son record

Il, elle est allé(e) au bout de lui (elle) même

D’ailleurs pour gagner comme pour perdre, on peut aussi tout donner et aller au bout de soi-même. Ici, ce n’est qu’un simple extrait, tout petit aperçu de la richesse du langage de ces géniaux médiateurs.

Les jeux se sont terminés le 12 août et le dimanche suivant, le 19, « Stade 2 » nous en remettait une couche dans un joli florilège de cocoricos médaillés puisés aux sources de cet étincelant lexique.

Et demain, mercredi 28 août, ouverture des Jeux Paralympiques. On va remettre le couvert. Soyez assurés, braves gens, que vous aurez votre comptant de superlatifs qui, eux, ne connaîtront pas le moindre handicap. Les croassements hurleurs des grenouilles médiatiques feront éclater leurs décibels comme aux plus beaux jours.

 

Bien que cela n’est apparemment aucun rapport avec quelque jeu olympique que ce soit, c’est alors que m’est revenu en tête : Ce que Guillaumet a fait là aucune bête ne l’aurait fait. Oui, ce que Guillaumet a fait, aucune médaille d’or n’y pourrait équivaloir. Il a tout simplement traversé, seul, à pied, la Cordillère des Andes, après que son avion se fut craché à plus de 4000 mètres d’altitude.

Antoine Saint-Exupéry nous rapporte sa véritable remarque quand il fût retrouvé, épuisé mais vivant : « Ce que j’ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait ».[2]

 


[2] Antoine Saint-Exupéry, Terre des hommes, Bibliothèque de la Pléiade.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>