Structures versus réel : le cosmos et moi.

J’écoute Michel Onfray sur France Culture résister cette année au nihilisme. Je l’écoute depuis des années avec intérêt.
Il me semble ici glisser insensiblement vers une forme de jugement encore plus radical qu’auparavant, il s’emploie à l’argumenter sérieusement. Il dit qu’il est contre la violence, que c’est seulement par le débat qu’on peut traiter le différent.
Mais quand on est seul à argumenter au cours d’une conférence, il n’y a pas vraiment débat. Et sous l’argumentation bien étayée en apparence il se trouve quelquefois de la violence.
Par exemple, quand il passe à la moulinette, l’université de Vincennes des années 70 – seulement à travers des documents, car il ne l’a pas fréquentée – quand il règle le compte de l’existentialisme, du structuralisme, du lacanisme, de Gilles Deleuze, Claude Lévi-Strauss, Michel Foucault, et autres nouveaux philosophes, il n’en reste pas grand-chose.
Vladimir Jankélévitch et Pierre Bourdieu, Mikel Dufrenne s’en tirent assez bien et Robert Misrahi sous condition de ne pas toucher à Israël.

 Mais, bon, je n’ai pas la compétence pour en juger à mon tour. Je ne suis pas philosophe. La philosophie n’est pas ma tasse de thé. Ce sont plutôt la physique et les sciences expérimentales qui m’intéressent. Et de ce point de vue, je me permets un petit différent avec Michel Onfray : l’incompatibilité structure-réel.
À l’évidence, c’est un réaliste. Le réel, le réel et encore le réel. Seul le réel existe et la structure nie le réel. Les extrémistes de la structure sans doute.
Mais est-il stupide de penser que l’univers est organisé ne serait-ce qu’à partir de ce qu’on nomme les lois physiques. Que Nietzsche ait dit la mort de dieu et Foucault celle de l’homme, est-ce si irrecevable que ça ? Évidemment, il n’est question ici que du statut qu’on leur attribue aujourd’hui.
Le système solaire n’en a guère que pour 4 milliards d’années et l’univers des astrophysiciens actuels, lui-même, finira dans le silence du rien… certes dans longtemps… bien longtemps longtemps après que l’espèce humaine aura disparu.
Je ne suis pas assez idiot pour ne pas comprendre que les arguties philosophiques des Nietzsche, Foucault et confrères traitent davantage de leur nombril que du monde tel qu’il est. Qui le sait en vérité ?
Je ne me sens guère nécessaire au cosmos, cela ne m’empêche pas de me méfier des spéculations et de chercher à connaître le mieux possible mon réel pour y vivre, pour aimer, pour essayer d’y être heureux.

 J’ai écouté Michel Onfray avec intérêt pendant toutes ces années. Mais depuis peu, oui, je perçois comme une dérive vers ce je que je n’oserai qualifier de sectarisme, mais vers une forme de critique radicale, qui s’apparente à un jeu de massacre, à l’endroit de certaines productions et/ou personnes qui ne lui conviennent pas. Comme déjà dit plus haut, lui qui prône l’écoute, la tolérance, le débat – que ce soit dans ses publications, ses apparitions dans les médias, comme dans son cours à l’Université populaire – ne semble plus guère ici les pratiquer. Lui , qui fustige ceux qui établissent leurs théories sur des documents et non sur le réel, construit son discours d’une certaine agressivité avec une argumentation, certes riche et précise, mais issue d’une documentation écrite. Lui qui exige une parfaite cohérence entre la vie et l’œuvre de quiconque me semble présenter de ce point de vue un léger décalage.
Juste pour exemple : son intervention contre l’Université de Vincennes qu’il n’a jamais fréquenté. Il construit son attaque radicale à partir d’une argumentation écrite qu’il est allé chercher essentiellement chez les auteurs critiques de cette université, poussant le « joke » jusqu’à dire qu’un cheval y avait obtenu une licence.
Je connais bien la période des années 70 de l’Université de Vincennes. J’y ai enseigné en Esthétique et en Psychologie.
Certes, il y a eu bon nombre d’événements et d’énergumènes qui, à juste titre, n’ont pas servi la réputation de cet établissement. Mais je puis assurer sur l’honneur qu’aucun cheval n’a été diplômé dans le département de Psychologie expérimentale dirigée par Jean-François Le Ny.

 Évidemment quand on sait à quel point Michel Onfray a des comptes à régler avec des Hélène Cixous, Gilles Deleuze, Michel Foucault et quelques autres, fondateurs de Paris 8, on peut comprendre qu’il ait oublié qu’il y avait aussi des Jean-François Le Ny et des Frank Popper, par exemple. Ça n’est pas forcément une raison.

 Avec cette treizième année à l’Université populaire, il vient de terminer sa « contre histoire de la philosophie » par un éloge de Socrate auquel je ne peux qu’adhérer. Il se dit cheminer dans ses pas. On ne peut mieux choisir.
Que sait-on de la réalité de Socrate qui n’a rien écrit ? Qu’en connaît-on, sinon par les écrits des autres ?
Où est le réel ? Où est-il donc ?