Le cabotin et la mode

 

Oui, je n’ai rien écrit ici depuis longtemps, je sais. Je fais partie de ces gens qui écrivent tous les jours une fois par an. À la vérité, plus sérieusement, si je n’écris pas ici c’est que j’écris ailleurs. Et j’y suis non seulement tous les jours mais encore très longtemps chaque jour. Je suis venu là aujourd’hui avec encore la pulsion – parce que j’en avais des fourmis dans le fondement – de revenir sur le comportement de – sinon tous – certains de nos chers journalo-animateurs des médias radio-télévisuels. Ce fourmillement avait une fois encore été déclenché par un numéro de l’indépassable Brice Couturier au 7-9 de France Culture. à propos des réformes à faire pour rendre la France plus « compétitive » ! J’ai renoncé à réagir à ce bavassage réactionnaire et suffisant qui se résume en une phrase digne de figurer dans l’Os à moelle de Pierre Dac : Plus on appauvrira les pauvres plus les riches pourront se faire riches. Remarque redondante Ô combien, je l’avoue.

Cela me fait penser à une réplique dans la version de Jules Romain du Volpone de Ben Johnson. Mosca, le serviteur fidèle et faux cul de Volpone dit à Corbacio que son maître envisage de donner à sa mort sa fortune aux pauvres si ceux qui convoitent son argent ne lui donnent pas dès à présent ce qu’il attend d’eux. Et l’usurier Corbacio de s’écrier : Aux pauvres ! Mais il y a tellement de pauvres, ils seront toujours aussi pauvres !

Mais je m’éloigne de mon propos : les journalo-animateurs qui se répandent jusqu’à inonder l’antenne de leur palabre impérialiste.

D’abord les interminables présentations à la manière de Philippe Meyer dans son émission du dimanche matin sur Culture qui nous raconte pendant plusieurs minutes les événements de la « semaine écoulée » qui nous ont été rabâchés par tous le médias. Il faut y avoir mis beaucoup d’application pour n’être pas au courant. Et il est hautement improbable que qui n’est pas au courant de ces faits soit à l’écoute de l’émission. Mais là il n’y a aucun mystère. C’est une question de droits d’auteur. En effet, il y a même un assistant d’émission spécialement chargé de noter le temps de parole de chacun. Plus la présentation est longue plus la répartition est importante.

Ensuite, il y a les Marc Voinchet (7-9 Culture matin), à la parole mitraillette au point qu’on a du mal à comprendre ce qu’il dit et qui de plus n’hésite pas à écraser l’invité par ses interventions intempestives et inutiles au point qu’on ne comprend plus rien à rien.

Également (France Culture : Culturesmonde) les Florian Delorme parole kalachnikov également pour en placer le plus possible dans un minimum de temps et montrer qu’on est savant sur le sujet en posant des questions alambiquées et interminables qu’une dizaine de mots seraient suffisants à poser.

Il y a aussi les Antoine de Caunes  (le Grand journal de Canal plus) histrion qui se veut humoriste en s’ingéniant à transformer tout sujet sérieux en foire d’empoigne people et comique accompagnée du sourire en coin averti et satisfait de notre Jean-Michel Aphatie qui n’hésite pas, de son côté, à perforer l’intervention de l’invité jusqu’à destruction.

Frédéric Taddeï  (Ce soir ou jamais) est aussi passé maître en l’art de transformer un débat important en un combat inaudible de gladiateurs, avec toujours la décontraction et le sourire dandy.

Reste enfin l’apothéose, (C dans l’air) d’Yves Calvi qui piétine ses interlocuteurs en haussant le ton jusqu’au quasi hurlement pour couvrir leur parole et imposer la sienne dans des interventions incessantes. On peut aussi le voir se sourire à lui-même pour ce qu’il estime être un trait d’esprit de sa part avec un regard alentour pour voir l’éventuel effet produit. Pauvre homme.

On aurait pu penser un moment que cette parole impérialiste était la propriété d’Alain Finkielkraut, mais il semble que le virus est plus contagieux qu’Ebola, la contamination s’est généralisée. Il fut un temps où le médiateur était là pour facilité la parole du ou des invités et éventuellement recadrer le discours le cas échéant. C’est du passé. Aujourd’hui le journaliste, animateur, médiateur est l’empereur d’antenne pour qui l’interlocuteur n’est qu’un faire valoir négligeable et qui, quelle que soit sa compétence, doit toujours être contredit et déstabilisé.

Est-ce les patrons d’antenne qui poussent vers cette caricature étatsuniennes ou une mode superficielle et passagère comme toutes les modes, faites pour des moutons de Panurge ?

À propos de mode, dans un tout autre monde cette fois, j’ai entendu dire que beaucoup de jeunes femmes actuelles s’épilent le pubis. Ce buisson soyeux est pourtant l’un des objets féminins les plus érotiques qui soient. Pour ma part, je pense qu’une femme glabre à cet endroit n’est pas une femme, c’est une poupée gonflable.