La fin des fins

 

En ce 20 décembre 2012, veille de fin du monde, j’imagine.

J’imagine.

Pas seulement pour moi, aussi pour vous, vous le monde.

Enfin le petit, tout petit monde de la minuscule planète-Terre.

Fin de vie sur Terre

– Un gigantesque volcan, d’existence ignorée jusque là de nos vulcanologues les plus réputés, crache sa fumée provoquant un hiver volcanique qui élimine presque toute vie terrestre.

– Un astéroïde massif, que nos plus valeureux astronomes n’ont pas vu venir dans leurs différentes lorgnettes, percute la Terre provoquant un hiver d’impact aussi radical que le précédent.

– Toutes les centrales nucléaires de la Terre, sans qu’on en connaisse la moindre raison, explosent en chaîne provoquant un hiver nucléaire qui n’a rien a envier aux précédents. On peut noter pourtant qu’ici, à la différence des deux premiers, l’espèce humaine y est tout de même pour quelque chose.

D’ailleurs, cela n’est pas nécessaire à la disparition de la dite espèce, elle fait bien tout ce qu’il faut pour y parvenir sans aide extérieure et la probabilité qu’elle en atteigne bientôt le but est loin d’être nulle. La Terre ne s’en portera pas plus mal. Tout au contraire, le cours des choses pourra reprendre comme avant.

Fin de la Terre

Cette éventualité est bien différente, deux hypothèses parmi d’autres possibles :

– Un trou noir vagabond – comme il en existe selon nos astronomes, mais que là aussi ils n’ont pas vu venir, compte tenu qu’un trou noir est rarement visible – avale au passage la Terre, voire le Système Solaire : un cercle éblouissant entourant du rond noir et puis plus rien.

– Le soleil explose quelque 14 milliards d’années plus tôt que prévu. Nous avons 8 minutes pour assister au spectacle. Avec de bonnes lunettes, nous aurons peut-être le loisirs de le voir avaler Mercure puis Vénus avant que nous ne soyons cuits à notre tour. Nous ne saurons jamais ce qu’il en adviendra de Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune et même Pluton qui, paraît-il, n’est plus une planète. Mais nous ne serons plus là pour le regretter.

Au moins, nous aurons assisté à un fantastique spectacle féérique qui n’a rien à voir avec un ridicule feu d’artifice de 14 juillet.

Mais, tout cela ne nous dit pas quand sera la fin de la faim dans le monde.

La difficulté d’écrire

Voilà plus de 2 mois que je n’ai rien écrit ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Que je n’ai rien à dire ? Rien ? Vraiment rien ? Pas vraiment, mais …

… Je suis là, devant ma feuille de papier, devant mon écran, et je me demande ce que je pourrais bien y écrire. Ce que je vais écrire parce que je vais écrire. C’est évident.

On me dit d’écrire. On m’a demandé d’écrire. je me l’étais dit aussi. Alors je vais écrire. Mais quoi ?

Difficile.

Il y a difficulté à écrire : la difficulté d’écrire. Écrire sur la difficulté d’écrire, thème intéressant, important, essentiel, attaque du problème fondamental à sa source. Sujet à la mode d’ailleurs. Cela se fait beaucoup depuis ces quelque temps d’écrire sur la difficulté d’écrire.

Or, s’il y a une difficulté d’écrire sur la difficulté d’écrire, que dire si l’on veut aller plus au fond ? Je veux dire écrire sur la difficulté d’écrire sur la difficulté d’écrire. Même à ce niveau, j’y rencontre encore une difficulté. Il m’apparaît comme évident que de quelque façon que je m’y prenne, que je procède par raisonnement récurrent ou que j’inverse ce même raisonnement, je me trouverai toujours en face de cette difficulté première d’écrire sur la difficulté d’écrire sur la difficulté d’écrire sur la difficulté d’écrire sur la … Mais qui n’a jamais eu entre les mains une boîte de camembert sur laquelle on voit un homme tenant une boîte de camembert sur laquelle on voit un homme tenant une boîte de camembert sur laquelle on voit un … où l’on se trouve violemment projeté contre cette question à réponse périlleuse : “ Mais alors, qui a créé Dieu ? ”

Nous voilà ici mis en présence de la difficulté première, dite de création, au-delà même, nous touchons à l’essence de la difficulté, au concept de difficulté, à la structure de difficulté, à l’idée de structure de difficulté, en quelque sorte à la structure de structure de LA difficulté et non pas une quelconque difficulté mais l’originelle, LA DIFFICULTÉ.

Ainsi, ceux qui prétendent simplement écrire sur la difficulté d’écrire me semblent quelque peu superficiels. Attribuons cela aux effets de la mode. Cela passera comme le café, le top modèle, le retour à la minijupe ou la jarretelle musicale.

Bref, je suis devant ma feuille blanche ou mon écran “ document 1 ” vierge, c’est tout un. Gardons feuille. La difficulté surgit tout aussitôt : feuille de papier blanche ou feuille de papier blanc ?

Si je veux exprimer que rien n’est encore écrit sur la feuille : le féminin s’impose. Mais, si le papier est le moins du monde teinté, il devient impropre de parler de la blancheur de la feuille. Nous voilà dans la métaphore. Par ailleurs, s’il est vraiment blanc, il restera blanc en tant que papier lorsque j’aurai écrit dessus, alors que la feuille, elle, ne sera plus en l’état. Tout plaide pour que je supprime “ papier ”. Donc, je suis devant ma feuille blanche. Solution de facilité si je tiens à préciser que la dite feuille est de papier. Alors, devant ma feuille blanche de papier. Mais, “ blanche ” ici n’est encore que métaphore, pour signifier qu’il n’y a rien d’écrit.

De plus, je vais vous épargner les différentes façons de mourir d’amour pour les beaux yeux de la marquise. Je n’ai pas l’intention d’évaluer la qualité des diverses figures de rhétoriques. La rhétorique ne m’intéresse pas. Je laisse la rhétorique à ceux qui ont faim. Elle peut encore alimenter des conversations dans les dîners de têtes, les salons où l’on cause, le métropolitain, l’avion supersonique, le TGV, au cours des promenades péripatéticiennes, ou en voiture automobile quand on n’a pas mis la radio trop fort.

Trêve de rhétorique, je constate qu’en modifiant simplement la place d’un mot, on risque d’exprimer autre chose que ce que l’on veut dire. À la difficulté d’écrire vient s’ajouter alors celle de se faire entendre. En fait, quelle que soit la place des mots : “ Quand on s’entend c’est par malentendu ”. Me voilà, moi aussi, victime de la maladie de la citation. C’est un mot d’un de nos philosophes, ex-contemporain célèbre, dont le nom m’échappe, car l’érudition ne m’intéresse pas plus que la rhétorique. L’érudition, cette chose qui sert à montrer que l’on sait des choses, des choses qu’on a apprises pour montrer qu’on les sait. On ne voit pas à quoi d’autre cela pourrait servir. L’érudition vous permet de faire des citations. Elle est là pour ça.

Les citations ! Voilà bien encore une mode intéressante et significative : “ Comme le disaient Tolstoï, Kafka, Schopenhauer, Pascal, Aristote, Tutti Quanti … ”. Et sous prétexte qu’une de ces célébrités aurait écrit ou dit ceci cela, d’abord ce serait irréfutable, ensuite ça aurait un rapport avec la conversation du moment et enfin ça donnerait raison à celui qui cite, parce que ça aurait valeur de vérité absolue.

Au commencement était le verbe, selon la Bible, dit-on. La Bible considérée comme parole divine sans plus de preuve que l’affirmation. On se réfère alors à ce que Dieu a dit. Voilà qui pourrait à la rigueur se concevoir … pour qui y croit. Mais, citer Machin ou Chose pour arriver à ses fins, prouver qu’on a raison à tout prix … existe-t-il pratique plus ridicule et plus malhonnête ? “ Il est écrit au livre des bonnes manières, bottin mondain édition revue et augmentée … ”. Et qu’en pense le calendrier des postes ou l’Almanach Vermod ?

Tout cela fait partie de ce qu’on appelle le patrimoine culturel. Mais, la culture ne m’intéresse pas plus que la rhétorique ou l’érudition. Ou plutôt si, elle me répugne, elle me révolte. Je ne suis pas acculturé qui pourrait laisser entendre que je suis récupérable, non je suis anti-culturel, borné, fermé, buté.

Je suis anti-conservateur, anti-progressiste, anticonformiste, anti-automobile, anti-train, anti-avion, antivol, antiaérien, antiatomique, antichoc, antibiotique, anti-caustique, antichambre, anticipé, anticlérical, antidaté, antidérapant, antigène, Antigone, antiseptique et j’en passe. Je suis anti-tout et anti-rien. En un mot je suis anti, un point c’est tout. Je suis l’essence même de l’anti, la structure de l’anti, pour être plus précis, je suis l’anti-structure immanente. Je suis l’anti anti.

Ai-je besoin de vous préciser que je ne vous salue pas ?