Les territoires de Lahouria
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Les territoires de Lahouria

 Sylvie Dallet

 Émile tu m’as demandé de parler de Lahouria et je retravaille ma mémoire. C’est difficile parce que Lahouria c’était à la fois un peu toi Lahouriaemile comme l’énonce votre mail commun.
Et Lahouria c’était une femme à part de toutes les femmes que je connais, car elle était à la fois une voix et un visage, enfin plutôt un rire et un sourire.  Cette femme tu la regardais avec un tel regard attendri qu’elle en rougissait et que nous étions presque confus d’entrer dans votre intimité. Il y avait donc comme une sorte de ballet de présences  et de découvertes mutuelles, avec, subtilement, du du rire intime. Lahouria et son rire ou ses brusques prises de paroles : « Nono ! » - j’ai eu du mal a comprendre au début qu’il s'agissait bien de toi.

 Parce que Lahouria c’était  aussi un récit littéraire, celui de ta rencontre avec elle, racontée comme allers retours du vieil homme à la jeune fille qui riais et pleurais souvent dans tes histoires. Comment Lahouria avait elle vécu tout cela autrement qu’au travers son aventure fondamentale ? Lisait-elle ce que tu écrivais d’elle ?  N’étais elle pas agacée d’être mise en scène  ou  troublée de cette Jeune fille dont tu n’arrivais pas à te détacher ? Je la voyais telle que tu la décrivais, jeune, en sueur et obstinée. Quand tu es venue pour la première fois avec elle à la maison, j’ai découvert ce fabuleux sourire d’une femme ronde, fondu dans cette générosité ouverte et une taquinerie  attentive.
Vous ne preniez pas soin de vous de la même façon. Tu étais plus facilement agacé, elle toujours partante  pour le renouveau, avec des couleurs sur le visage et des tons chauds dans les vêtements.  Toi en vieux bleu d’ouvrier américain, elle en tee-shirt vert ou en violet, en pantalon de toile, avec un drôle de petit chapeau rouge carmin sur l’oreille. Vous aviez toujours trop chaud comme à la campagne. Maman  a dit d’elle un jour comme un murmure, la voyant repartir un de ces jours de mai anniversaire à Fontainebleau : « qu’est ce qu’elle est jolie cette femme … ». Et pourtant sans coquetterie, avec des vêtements délavés, mais partant à la recherche de l’obet insolite, écumant les brocantes contre l’avis de son vieil intellectuel de mari qui ronchonnait pour la forme. Elle  qui semblait nous sourire tout le temps,  et pourtant tu la décrivais comme sujette à des crises d’angoisse et de pleurs, dans le désarroi des émotions.  Elle n’en pensait pas moins dans le secret de son sourire qui préservais une pudique gravité. En réalité, Lahouria était pleinement rassurante, consciente car bienveillante. Avoir cinquante ans, aller à l’hôtel ou au restaurant avec toi, tout était une fête qu’elle organisait imperceptiblement pour que la paix s’installe.

le 9 janvier 2013

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