Les territoires de Lahouria
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Les territoires de Lahouria Les territoires de Lahouria

- Genardière - Pépito - Denis Dufrêne - Gigi

Pépito Matéo
À vrai dire, je m'aperçois que je ne connaissais pas Lahouria … ou plutôt, je la découvrais toujours à travers Émile. Par le biais de notre complicité d'anciens d'Actuel qui ramènent souvent les souvenirs de leur « glorieux passé ».
Lahouria nous laissait généreusement cette histoire, avec une certaine pudeur, comme en filigrane de cette relation privilégiée.
Et puis les hommes sont bavards : Il faut jouer des coudes pour ramener sa fraise dans un concert de fanfarons.
Du coup, Lahouria se découvrait plutôt dans les petits moments des rencontres du groupe et toujours entre ombre et lumière. Elle pouvait avoir ce regard grave dans l'écoute, une simplicité tranquille, puis éclater d'un rire spontané comme une cascade d'eau claire, l'œil moqueur et plein d'humour.
Elle avait une brillante dualité inattendue. Elle savait ne pas se mettre en avant, comme pour ne pas vouloir déranger, mais on la sentait très présente, habitée par une grande responsabilité, une passion inquiète pour la société aussi de par son travail : une femme sur le qui-vive sans en avoir l'air. Des grands yeux ouverts comme des fenêtres sur les autres !
Quelquefois, à l'occasion de nos balades collectives, au gré des duos qui se forment par la marche et la conversation, il m'est arrivé de parler avec elle en tête à tête. Je me souviens, il n'y a pas si longtemps, avoir abordé avec elle la question de l'écriture. Je lui disais que je ne savais pas, la plupart du temps, ce que je voulais dire et que le hasard de l'écriture me révélait après coup ce que je cherchais à exprimer. Elle me posait des questions et moi je pensais naïvement qu'il ne s'agissait que de moi, sans savoir qu'elle aussi, écrivait sans s'en vanter, dans son coin et que mes réflexions étaient aussi les siennes.
C'était son histoire, à elle mystérieuse, tout comme son nom qui sonne si doux : LAHOURIA.
Un prénom que je n'ai jamais entendu ailleurs. Sans doute, parce qu'elle était unique : la Houria, comme on dit la Françoise en populaire, la houe qui creuse des sillons et le rire en son prénom.

En fait, la vie est tellement absurde et la raison des humains tellement dérisoire, que ça me fait penser à une conversation étrange qu'on entend dans cette histoire zen :
Ce sont deux sages qui franchissent une passerelle qui enjambe une rivière où les poissons pullulent. L'un des deux sages dit à l'autre :
« Vois comme ces poissons bondissent de joie ! »
« Tu n'es pas un poisson, répond l'autre sage, comment peux-tu savoir ce qui fait la joie des poissons ? »
« Tu n'es pas moi, répond l'autre, comment peux-tu savoir que j'ignore ce qui fait la joie des poissons ? »
« Il est exact que je ne suis pas toi, rétorque le premier, et que je ne sais pas ce que tu sais et ce que tu ignores. Mais je sais une chose, c'est que tu n'es pas un poisson. Et que par conséquent, tu ne sais pas ce qui fait la joie des poissons ! »
« Bon, dit l'autre, revenons à ta première question. Tu m'as demandé : Comment peux-tu savoir ce qui fait la joie des poissons ? En me posant cette question, tu as admis que je connaissais la réponse. Sinon, tu ne me l'aurais pas posée. »
« Eh bien, comment l'as-tu su ? fait le premier »
« Mais, c'est tout simple : en franchissant la passerelle ! »

*
Le « séminaire Actuel» était organisé par Claude de la Genardière, ce mois d’août 2013, dans son chalet de Morzine où j’ai été incapable de me rendre.